National Geographic, ou les aventures de la presse scientifique

Le magazine National Geographic ; en bas à droite la prochaine couverture
Depuis le mois d’octobre dernier, les lecteurs français peuvent trouver un nouveau magazine dans leurs kiosques : National Geographic Sciences. Lancé à 100 000 exemplaires, en grand format et privilégiant des photos attrayantes, il est conçu pour se faire remarquer. A l’heure de la crise de la presse papier, alors que les ventes chutent et que les annonceurs privilégient d’autres supports, cette opération frappe par son audace. Pour en parler, François Marot, le rédacteur en chef, et Céline Lison, la chef de projet, ont répondu à quelques questions.
Les contenus du magazine National Geographic semblent inchangés depuis ses débuts. Ce lancement est-il un renouvellement ?
François Marot - Exactement. Il y avait une véritable volonté d’ouvrir NG, qui comme beaucoup de magazines souffre… Nous avions envisagé plusieurs axes de déclinaison, mais la thématique sciences s’est imposée comme le meilleur.
Céline Lison - Nous souhaitions également un format plus grand que le mensuel, pour une plus grande visibilité en kiosque.
NG Sciences est la seule déclinaison scientifique de NG dans le monde*, comment l’expliquer ? C’est presque une expérimentation que de transformer NG en un titre qui parle vraiment de la recherche, de l’innovation.
F.M. - Nous sommes arrivés à cette idée, car en France le secteur de la presse scientifique est florissant, alors que les derniers lancements datent des années 1980. Pour nous, la vision NG peut apporter quelque chose en plus. De belles photos, une mise en page élégante et aérée, des textes relativement soutenus… le magazine devrait trouver son marché. En tous cas, c’est pour nous un vecteur de développement.

François Marot et Céline Lison devant la photo de l’explorateur Robert Edwin Peary au Pôle Nord
Avez-vous déjà des résultats des ventes du 1er numéro ?
F.M. - Oui, et ils sont plutôt encourageants. Si cela se confirme, le deuxième numéro sera mis en place pour le bimestre à suivre.
Comment NG France va-t-il affronter le défi de l’expansion du numérique et des nouveaux supports ?
F.M. - Nous travaillons à une application iPhone et iPad pour les mois qui viennent. Nous avons également un site, dont l’idée n’est pas d’en faire une vitrine, mais plutôt un prolongement du magazine. Nous souhaitons y développer des opérations plus créativescouplées par exemple avec la mise en place d’une communauté.
De votre côté, comment voyez-vous l’avenir de la presse magazine scientifique sur papier ?
C.L. - Je pense que pour se démarquer du web, il faut vraiment apporter quelque chose dans le contenu. Pour autant, le site et la version tablette qui complètent le magazine et l’enrichissent sont indispensables aujourd’hui… mais il faut que chaque support puisse apporter une plus-value.
F.M. - Pour ma part, je ne pense pas que le print soit mort : il va évoluer. Dans les années qui viennent, beaucoup de titres vont disparaitre, personne n’en doute ; cependant, cela ne veut pas dire que dans cinquante ans il n’y aura plus du tout de presse papier…
Aux Etats-Unis, c’est prévu pour dans une dizaine d’années…
F.M. - Les prévisionnistes se trompent systématiquement ! Plus sérieusement, le journal a un côté « pochette surprise », ce qu’il n’y a pas sur le net où l’on trouve une grande quantité de choses très sophistiquées.
C.L. - Il y a beaucoup d’opinions, d’analyses qu’on peut se permettre sur le papier, et pas sur le web. C’est là, je crois, la force du print aussi. Des enquêtes, plus de temps. Du « slow information » !
*En Italie, Espagne et aux USA, des déclinaisons Historia existent.
En bonus, l’interview croisée de François Marot, rédacteur en chef du National Geographic France, et de Franck Sérac, directeur artistique du NG Sciences sur la genèse du nouveau magazine (disponible sur le site de National Geographic Sciences)
Texte et photos : Fiorenza Gracci